Cachez moi ce peuple que je ne saurais voir et encore moins entendre!

4 janvier 2011 § Poster un commentaire

Il n’y a rien de plus exaspérant que d’entendre des personnes, qui se prétendent au-dessus du “bas peuple”, employer des mots dont elles ignorent ou pervertissent le sens. Il en va ainsi de certains journalistes, hommes et femmes politiques qui, sans aucun discernement, utilise le qualificatif « populiste ».

On remarquera que, très souvent, ils utilisent ce mot pour illustrer leur mépris, rabaisser, dénigrer, la personne qu’ils qualifient de populiste.

De fait, ils font, en agissant ainsi, preuve de leur ignorance de la langue française, de l’histoire politique, et/ou nous révèlent leur mépris du peuple, de la plèbe. Qui plus est, ils illustrent parfaitement leur appartenance à une oligarchie qui s’est construite uniquement sur le système perverti de la démocratie représentative ( perversion dont nous constatons de plus en plus l’existence depuis 3 ans, lorsque le gouvernement fait pression du le Parlement pour qu’il revote dans le sens qu’il veut!!) et sur la répartition des pouvoirs entre les membres d’une pseudo élite, que cette perversion à générée.

On notera également que cet « antipopulisme primaire » auquel nous assistons actuellement est concomitant à une remise en cause ses compétences de nos élites politiques, syndicales, patronales, intellectuelles et journalistiques. Réaction qui s’apparente à du corporatisme et qui dénote chez certains une peur de perdre leur rang social et de voir s’instaurer l’égalité réelle des citoyens entre eux.

À l’usage de ces gens-là, il me semble important de rappeler la définition des mots « populisme » et « démagogie ». Car au final, les mêmes qui traitent certains de populiste font preuve d’une démagogie et d’amalgames politiques absolument répugnants en mettant dans le même sac populisme et nationalisme ou en prétendant que les populistes sont anti- républicains voire même anti- politique et fascistes.

Il convient donc de rappeler à tout le monde le sens du mot populiste que beaucoup confondent avec le mot démagogie.

Le populisme :

Étymologiquement, le mot prend ses racines dans le latin populus qui signifie peuple.

Historiquement le populisme est un mouvement politique qui émergea en Russie à la fin du XIXe siècle. L’objectif de ce mouvement d’opposition des intellectuels russes au tsarisme dans la Russie des années 1850-1880 (en russe narodnitchestvo) qui s’appuyait sur le peuple russe était de transformer le système agricole traditionnel et offrir une voie spécifique vers le socialisme. Parallèlement, aux États-Unis, se développer un mouvement populiste constitué par des agriculteurs et des ouvriers qui luttaient contre les taux d’intérêt trop élevé.

Politiquement, le populisme est une idéologie qui se réfère au peuple souverain, prône une démocratie plus directe et a pour objectif de rendre le pouvoir au peuple en évitant de recourir à la lutte des classes et en recherchant l’alliance des classes moyennes avec les ouvriers et les paysans. Les populistes remettent en cause le mandat représentatif et préfèrent les mandats impératifs. L’objectif étant de faire participer le peuple aux décisions de l’État. autant de fois que nécessaire ,ils privilégient l’utilisation du référendum. En ce sens, on pourrait placer le système démocratique de la Suisse comme un système populiste, puisqu’il ne se passe pas une semaine sans que la population suisse soit sollicitée pour voter des décisions locales et nationales.

On observe généralement que les mouvements populistes émergent lorsque les élites gouvernantes, le pouvoir économique accentuent leurs propres privilèges et accaparent les pouvoirs républicains au détriment de l’intérêt plus grand nombre.

Culturellement, avec la montée des mouvements populistes russes et américains, a émergé une tendance littéraire relatant l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires. En France, Victor Hugo, Honoré de Balzac, Émile Zola, ont constitué le fer de lance de cette littérature populiste utilisant le langage des milieux populaires pour les décrire.

En résumé, et quel que soit l’angle sous lequel on analyse le terme populisme, on peut le définir comme une position politique et culturelle qui prend le parti du peuple contre des élites, qui ne s’intéressent nullement à la Res Publica et vont jusqu’à l’exclure de la Politique, des affaires de la Cité. Le populisme renvoie l’idée de faire ce que le peuple souhaite faire quand les élites ne le font pas.

La démagogie :

Etymologiquement le mot prend son d’origine dans le grec dêmagôgia (de demos, peuple et agô, conduire).

Le dictionnaire Larousse définit la démagogie comme une action de flatter les aspirations à la facilité et les passions des masses populaires pour obtenir ou conserver le pouvoir pour accroître sa popularité.

Le démagogue et celui qui mobilise tout ou partie du peuple en faisant des promesses électorales ou qui flatte les bas instincts populaires à grands coups de nationalisme, de xénophobie et de racisme, exacerbant ainsi les réflexes sécuritaires.

Politiquement, la démagogie est une attitude politique et rhétorique. Son but est de charmer tout ou partie du peuple, d’obtenir ses faveurs en simulant la défense de ses intérêts, afin d’obtenir son soutien et de pouvoir ainsi le dominer. Le comportement démagogue est psychologiquement très ressemblant de celui des pervers manipulateurs. On observe très souvent chez les démagogues une simplification du discours, une absence de nuances dans les propos, une présentation hyper tronquée de la réalité. La réflexion, le raisonnement, des auditeurs est très rarement sollicité par les démagogues qui préfèrent favoriser la paresse intellectuelle pour mieux imposer leurs analyses et leurs solutions auxquelles il donne une apparence d’immédiateté et de logique trompeuses.

On constate que les propos et les comportements démagogues émergent dans toutes les démocraties au moment des périodes électorales.

En résumé, la démagogie est une manipulation psychologique et quelque peu machiavélique qui renvoie à l’idée de dire au peuple ce qu’il veut entendre, de façon suffisamment ambiguë pour ne pas être obligé par la suite de régler les problèmes qu’on a précédemment évoqués et pour lesquels on a présenté des solutions en apparence facile à mettre en oeuvre.

Des exemples pris dans l’actualité illustre mieux que de très longues phrases ce qui caractérise les propos d’un démagogue :

«Vous en avez marre de cette bande de racailles, eh bien on va vous en débarrasser ». Nicolas Sarkozy , le 25 octobre 2005 ? Argenteuil

« Ils ont fait le choix du mondialisme, ils ont fait le choix de mettre nos salariés face à une concurrence internationale déloyale. Ils ont pris le risque d’effondrer notre économie, ce qui est en train de se dérouler, pour défendre une idéologie qui est l’idéologie de l’ouverture totale des frontières et de l’argent roi ». Marine Le Pen lors de l’ émission A vous de juger du 9 décembre 2012

Il n’y a aucun populisme chez Nicolas Sarkozy mais une bonne dose de démagogie quand il prétend que l’ « on » va se porter au secours du « vous ». De même qu’il n’y a chez Marine Le Pen aucun populisme tel que défini plus haut mais un art consommé de la démagogie et du manichéisme lorsqu’elle parle de « nos » salariés que les « ils » ( les autres) ont détroussé.

Manichéisme et démagogie tout aussi présent chez certains représentants du parti socialiste français ou de la “gauche” écologiste.

Manichéisme et démagogie chez Manuel Valls qui prétend déverrouiller les 35 heures qui n’ont jamais été verrouillées pour permettre à ceux qui ont un travail de travailler plus mais sans être payé en heure supplémentaires, masquant le fait qu’il entend faire en sorte que les salariés perdent 10% de leur salaire.

Manichéisme et démagogie chez Jean-Paul Huchon qui n’hésite pas à évoquer un « populisme d’extrême gauche » pour parler de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et à prétendre que « Son langage est proche de celui de l’extrême droite, mais c’est plus grave que Le Pen ! ». Ma foi, c’est oublier un peu vite que le populisme fait parti du dogme fondateur du socialisme et faire preuve d’une ignorance crasse en confondant populisme et démagogie et en faisant l’amalgame entre populisme et fascisme!

Idem pou Daniel Cohn-Bendit reprenant dans le JDD comme un écho, au sujet du même Jean-Luc Mélenchon : « c’est du populisme de gauche réactionnaire ». Et l’écologie qui prétend faire pour la planète ce que les élites n’ont pas fait en 2 siècles, Dany, n’est-elle pas, au travers de ceux qui se font élire en son nom, du populisme réactionnaire?

Il fut un temps où Jules Guesde et Jean-Jaurès était eux aussi qualifiés de populistes par des gens qui n’étaient pas plus socialistes ni de gauche que ne le sont Valls, Huchon et Cohn-Bendit mais qui entendait bien utiliser à des fins électoralistes le créneau et l’étiquette de gauche.

Certains journalistes ne sont pas en reste dans le “doux mélange” entre populisme et démagogie, probablement pour les mêmes raisons qui sont leur appartenance à l’élite, au microcosme politico-économique qui se croit investi de tous les pouvoirs et de tous les droits de la République et de la Démocratie.

Dans un débat qu’elle organisait sur BFM-tv, Ruth Elkrief déclarait en effet au sujet de JL Mélenchon « c’est du populisme, c’est la même chose que Le Pen ».

De l’utilisation abusive du mot populisme que certains journalistes et hommes politiques font actuellement, au-delà de la révélation de leur ignorance et de leur volonté déterminée de vouloir assimiler toute personne qui voudrait défendre les intérêts du peuple (et mettre la démocratie en conformité avec ses propres principes, avec la doctrine fasciste et où l’extrême droite), on ne peut que déduire qu’ils sont profondément incultes, corporatistes et que le peuple ne les intéresse uniquement que pour satisfaire leur petit confort égoïste mais très lucratif.

Il y a manifestement dans la réaction de ces gens là l’illustration d’une fracture de la cohésion nationale et de l’usurpation de la démocratie et de la république qui ne saurait durer plus longtemps au regard de l’incompétence notoire que cette pseudo élite nous démontre chaque jour et depuis des décennies dans la gestion de la cité et de la chose publique.

Réaction d’une caste qui dénote son malaise vis-à-vis du peuple au nom duquel elle est élue, qu’elle est censée représenter, cultiver, informer ce qu’elle fait de toute évidence très mal…peuple qu’elle veut continuer à ignorer et à ne pas vouloir entendre.

Rappel :

« La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave » Charles de Gaulle.

En savoir plus:

Populiste – L’anathème de la pensée unique

Le peuple a-t-il toujours raison ? Débat avec Jacques Julliard et Jean-Luc Mélenchon

Sources: La toupie; dictionnaire Larousse ; Sénat; YouTube; Le Point; Gérard Filoche; Eco89; Le Parti de Gauche;Le JDD ; Jean-Luc Mélenchon; Le Monde Diplomatique

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