A Jacques Chirac, L’UMP reconnaissante?

29 juillet 2010 § Poster un commentaire

Souhaitant peut-être éviter une condamnation infamante à Jacques Chirac, alors qu’il est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour les chefs d’accusation de "détournement de fonds publics" et "d’abus de confiance", l’UMP se dit prête, selon Le Point, à indemniser la Ville de Paris d’une somme qui pourrait dépasser deux millions d’euros.

Connaissant la guerre sans merci que les sarkoziens ont livrée aux chiraquiens pour s’emparer de l’UMP, cette soudaine générosité me paraît on ne peut plus suspecte et j’ai énormément de mal à imaginer qu’elle est liée à une quelconque empathie vis-à-vis de Jacques Chirac et de son grand âge. Surtout quand on constate que le tribunal correctionnel de Paris, présidé par Dominique Pauthe, ne s’est pas particulièrement montré complaisant vis-à-vis du pouvoir en place, ces dernières années. Ce jugement correctionnel, si la plainte de la ville de Paris n’est pas retirée, comporte un risque énorme dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012.

Il y a donc probablement derrière cette proposition saugrenue des intérêts majeurs pour l’UMP. j’en entrevois quelques-uns

— Éviter le déballage sur la place publique des modes de financement de ce parti par celui qui l’a créé et qui en a été le leader jusqu’à l’arrivée de Nicolas Sarkozy. L’ex-président de la république, est accusé d’avoir payé sur les fonds de la mairie de Paris 21 emplois fictifs, notamment de certains employés permanents du RPR parisien. Ce qui explique les chefs d’accusations de détournement de fonds publics et d’abus de confiance. L’évocation de ces pratiques; que la loi et la morale condamnent, ne serait pas du plus bel effet pour un parti qui se prétend irréprochable ( qui a dit "depuis la nuit des temps"?).

— Éviter qu’à l’occasion de ce procès, dans lequel Jacques Chirac est également mis en examen pour "prise illégale d’intérêt" dans l’affaire de 7 emplois de complaisance, mis à la disposition du parti gaulliste des Hauts-de-Seine, fief Sarkozien s’il en est, le nom de Nicolas Sarkozy, à l’époque maire de Neuilly, n’apparaisse.

— Éviter une condamnation pour abus de fonds publics ne vienne ternir l’image du parti présidentiel. Quand bien même les faits se seraient déroulée entre octobre 1992 et mai 1995, se voir condamné pour abus de fonds publics, en pleine période de rigueur, d’austérité, pour le parti gouvernemental n’est pas la meilleure des publicités. Le procès public qui devrait se dérouler au plus tard en février 2011 (peu de temps avant le début la campagne électorale pour les élections présidentielles), pourrait donner lieu à une vaste mise en lumière, probablement très médiatisée, de pratiques très peu orthodoxe au sein du parti majoritaire

— Enfin, et nous en arrivons aux subtilités politiques qui confinent à un machiavélisme de haute volée, indemniser la ville de Paris, dont le maire socialiste, Bertrand Delanoë, a fait savoir fin 2009, que «Si [ces remboursements] étaient faits, si c’était effacé, je préférerais pour tout le monde parce que moi je n’en veux pas particulièrement à Jacques Chirac» et qu’il pourrait ne plus être partie civile au procès Chirac, obligerait le tribunal correctionnel a statuer sans plaignants ni accusations, la Ville de Paris n’étant plus partie civile, le parquet ayant requis un non-lieu dans son enquête, et pourrait l’ amener à ne pas condamner Jacques Chirac, puisque plus personne ne se plaint ni n’accuse.

Autre "effet dans l’effet", et non des moindres, qui apparaît nettement dans la réaction de Me Mignard, avocat de la Ville de Paris dans cette affaire, qui déclare que "Dans l’hypothèse d’un remboursement avant le procès, "la raison d’être de la partie civile qui est la réparation de son dommage aurait cessé": de graves délits tels que le "détournement de fonds publics" et "l’abus de confiance" serait ramenés à une "simple question d’argent", de réparations financières… avec l’accord de représentants du parti socialiste.

Tant pour l’UMP, en faisant cette proposition indécente de compenser par de l’argent un délit aggravé par le fait que celui qui l’a commis est un élu de la nation, que pour des représentants du parti socialiste, en acceptant la proposition, il y a, ce me semble, une conception hallucinante de la Justice.

Espérons que cette dernière,en la personne des magistrats qui siégeront lors de ce procès, saura se souvenir qu’un jugement en correctionnelle ne se résume pas à une simple négociation financière. Espérons qu’elle saura rappeler au monde politique que la dimension morale n’est pas absente de ses jugements.

Espérons, également, que la direction du parti socialiste, qui certes n’a pas à s’immiscer dans l’administration de la mairie de Paris, saura faire comprendre à un de ses élus qu’en acceptant la proposition de l’UMP, il se montre peut-être bon gestionnaire des deniers de sa commune, mais il cautionne une déviance grave de l’esprit de la loi.

Sources: Le Point ; Le Monde; LCi; Le Figaro; Le Parisien

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