Faire appel du jugement dans l’affaire Clearstream, une erreur politique ?

30 janvier 2010 § 1 commentaire

Alors que certains s’inquiètent de savoir si le procureur Marin, qui a révélé en avant première médiatique sa décision de relever appel du jugement de relaxe de Dominique de Villepin, a pris cette décision en toute liberté, comme il l’affirme, ou si il l’a fait "sous influence", il me semble plus opportun d’analyser les conséquences politiques de cette décision.

La perspective de voir cette affaire de faux listings à nouveau devant la justice est plutôt intéressante mais dangereuse pour l’entourage présidentiel.

Elle le serait, si et seulement si les questions qui sont restées en suspens lors du précédent procès sont enfin abordées, à fin que tout soit dit dans cette affaire, comme semble le souhaiter Jean-Claude Marin. Le tribunal pourrait alors tirer des conclusions de tous les éléments. sans en omettre un seul.

Par exemple, il serait intéressant que le tribunal se penche, pour rassurer M° Herzog et certains membres de l’UMP, sur les "rencontres dînatoires",entre le 25 février 2004 et le 18 mars 2004 d’Imad Lahoud avec François Pérol, alors directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy…juste au moment ou le nom du futur président de la République a été introduit dans de faux fichiers Clearstream…. il y a là, à mon avis matière à élargir quelque peu le "concept de complot politique".

Je trouverais également intéressant que le tribunal se demande comment il se fait que le ministre de la défense, supérieur hiérarchique et donneur d’ordre du Général Rondot, qui était au courant dès le 1° octobre 2003 des listing Clearstream n’est pas comparu comme prévenu dans cette affaire. Il a pourtant, comme son chef de cabinet Philippe Marland, été tenu, presque quotidiennement, au courant de l’avancée de l’enquête de Rondot,…Ils étaient informés, et bien avant Dominique de Villepin, comme l’ont prouvé les audiences, de la fausseté des listings. Si on suit la logique des juges d’instruction et du procureur Marin, on peut considérer qu’ils ont également été "complices par inaction", non?

Alors oui à un appel, mais que cette fois ci, TOUT le monde soit convoqué pour être entendu, y compris les proches de Nicolas Sarkozy invités par Lahoud entre 2003 et 2005 . Qu’on sache enfin pourquoi de si "honorables personnes" fréquentaient un monsieur qui sortait de prison pour faillite pour l’affaire Volter et étrangement lié, si l’on en croit Libération, au directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Économie.

C’est potentiellement des zones d’ombre peu exploitée, lors du premier procès, qui pourraient être mises en lumière et rejaillir négativement sur l’image présidentielle, à un moment très inopportun (quelques mois avant les élections présidentielles de 2012)… À part si le pouvoir en place parvient à faire en sorte que ces zones d’ombre demeurent inexplorées, il y a la, avec cet appel, un premier risque, une première erreur qui apparaît dès maintenant : celle de voir resurgir des acteurs proches du pouvoir en place et de faire porter l’accusation de "manipulation" sur ces mêmes acteurs.

Le second risque est lui inhérent à la genèse de la création de l’UMP.

Depuis bien avant 2006, ce parti nous donne à voir l’image d’une unité, d’une solidarité, d’une volonté de soutenir le président de la république qui n’est que de façade. Mais, comme tout parti politique, l’UMP n’échappe pas à la règle des courants. Des sociaux libéraux, en passant par les gaullistes sociaux et les ultralibéraux, la mosaïque UMP n’a, jusqu’en mai 2007, été soudée que par le désir de conquérir le pouvoir.

Ses dirigeants ont su gommer provisoirement les énormes différences de conception de la société, les divergences de valeur, de savoir gouverner et de savoir-vivre. Mais les deux années et demie d’exercice du pouvoir, par Nicolas Sarkozy et ses proches, n’ont pas réussi à cimenter en profondeur l’unité du principal parti de droite. Que ce soit par la façon un peu "cavalière" dont ils ont traité les élus tant au Parlement que jusqu’au fin fond des provinces , que ce soit par la nature des décisions économiques et sociales qu’ils ont prises en faveur de certaines catégories sociales très privilégiées, au détriment du reste de la population française ou que ce soit, dans l’interprétation très particulière qu’a eue Nicolas Sarkozy de son rôle de Président de la République, bien des consciences de droite ont été déçues, si ce n’est plus.

Cette déception est non seulement quantifiable au travers des sondages, mais elle est extrêmement visible à la lecture des commentaires sur les sites des médias en ligne, particulièrement des médias classés plutôt à droite. On peut aussi l’apercevoir dans l’évolution des propos d’hommes et de femmes politiques de la majorité présidentielle, sur leur blogs ( ici ou ici ,pour ne citer que quelques exemples parmi tant d’autres ) ou dans les médias. ici ou .

Dès lors, pour tous ces gens-là, un homme comme Dominique de Villepin, moins connoté « ultralibéral », représente une "alternative supportable" pour les élus et les électeurs de droite et même du centre. Prolonger la poursuite judiciaire dont il est l’objet est probablement la seconde est la plus importante erreur politique que représente cet appel.

Et il y a fort à parier qu’au sein de la majorité présidentielle, comme le souligne Philippe Bilger dans son article " La haine est repartie et l’atmosphère redevient lourde, étouffante. Faute politique, imprudence judiciaire, déficit démocratique. " mais cette fois ci, la haine va s’étendre bien au delà des personnes de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy…

A suivre, donc.

A lire : L’intégralité du jugement

Sources: Le Journal d’un avocat ; Europe1 ; Le Monde ; Marianne2 ; Le Figaro ; Le JDD ; La Tribune ; LCI ; Mediapart ; Le NouvelObs ; L’Express ; Le Point ; Wikipédia , Le Post

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