Qui est la classe moyenne ?

3 septembre 2008 § 2 Commentaires

Tous les spécialistes du sujet ne sont pas d’accord sur l’existence et la composition de la « classe moyenne.
Le sociologue Jean Lojkine parle du « mythe de la classe moyenne ».Selon lui, les personnes qu’on inclut dans les « classes moyennes » appartiennent en fait au prolétariat.
Du point de vue du revenu salarial, on pourrait définir la classe moyenne comme l’ensemble des salariés à temps plein percevant un revenu allant de 1200 euros (revenu médian des en France) à 3000 euros par mois.
Cette délimitation donne un éventail de conditions de vie très différentes.
Selon l’Observatoire des inégalités, les classes moyennes correspondent aux salariés gagnant entre 1 200 et 1 840 euros par mois.
Il est plus réaliste de parler des classes moyennes en prenant en compte la diversité des niveaux de vie, en distinguant classe moyenne supérieure et classe moyenne inférieure.
On retrouve dans les classes moyennes plusieurs professions et tranches de revenus :
Constituée par une population de cadres supérieurs, des médecins, des professions intellectuelles supérieures, la classe moyenne supérieure est une classe de la société dont les membres perçoivent des revenus que l’on peut considérer comme aisés (entre 3000 et 5000 euros net par mois, soit environ 7% des salaires en France).
Elle a tendance à se confondre avec la petite et moyenne bourgeoisie. Elle est porteuse d’un actionnariat développé.
Depuis le début 1975, avec l’arrivée de la crise, elle se caractérise par son ascension sociale ce qui n’est pas le cas de la classe moyenne inférieure qui est l’objet d’un déclassement important.
Constituée par une population de travailleurs sociaux, infirmières, professions intermédiaires, une partie des employés, des encadrants directs… la classe moyenne inférieure est une classe de population dont les situations des gens est extrêmement hétérogène.
L’économiste Alain Lipietz a réalisé une représentation de la stratification sociale en France. (La largeur est proportionnelle à l’importance numérique de la couche sociale)
Il met en évidence le modèle de société en montgolfière qui s’établit des années 1955 aux années 1975.
Dans ce modèle la classe aisée est sous représentée, la classe moyenne extrêmement importante et la base des classes populaires réduite.
A partir des années 1975 s’installe le Modèle de société en sablier. Dans ce modèle, la classe moyenne s’est disloquée, une partie accède aux classes supérieures (ascension sociale) mais la majorité est reclassée vers les couches populaires.
Cela décrit un phénomène d’enrichissement des plus riches et de paupérisation des plus pauvres engendrant la disparition de la classe moyenne.
Si la classe moyenne est sociologiquement et économiquement « en voie de disparition », elle est le stéréotype de "l’idéal raisonnable", elle permet l’accès à la consommation de masse sans avoir "la culpabilité de la classe possédante". Elle inspire des valeurs positives (ascension sociale par le travail) tandis que la classe bourgeoise est chargée d’une symbolique plus négative (classe exploitante). Elle inspire des classes plus modestes qui peuvent consommer au dessus de leurs moyen et ainsi réaliser une ascension sociale symbolique.
Nécessaire pour constituer l’encadrement des classes ouvrières, dans le cadre d’une production industrielle de masse, la classe moyenne perd de son intérêt « fonctionnel » dans une société dans laquelle les moyens de productions de masse sont délocalisés et la production locale largement automatisée, informatisée.
« Il a fallu plus de dix ans pour mettre clairement en évidence cette nouvelle dynamique, installée dans les réalités objectives depuis bien plus longtemps, mais que notre capacité de déni nous empêchait de voir clairement.
Ce retournement dynamique apparaît dans un contexte où, pendant des décennies, les classes moyennes ont fait figure de maillon le plus solide de la société française. Elles étaient considérées comme une classe de confort, protégée et choyée, stable, située fort loin au-dessus de l’écume des difficultés des classes populaires.
En novembre 1994, dans un entretien au Monde, Jacques Delors, encore candidat à la candidature (à l’élection présidentielle de 1995), s’alarmait d’une France où "deux tiers vivraient plus ou moins bien, mais sans s’occuper de ceux qu’ils laisseraient au bord de la route : le troisième tiers, au sein duquel se trouveraient les exclus, les marginaux, les sans-espoirs".
L’hypothèse dominante d’une "moyennisation", chère au sociologue Henri Mendras (1927-2003), était que seule une minorité d’exclus d’une part et une fraction dirigeante de l’autre échappaient à une société fondée sur deux tiers de bénéficiaires avec, en son centre, une classe moyenne dominatrice et contente d’elle-même, maîtrisant son destin social et partageant une culture de sécurité et de confiance dans l’avenir.
Ce portrait social d’une classe moyenne heureuse correspond-il aujourd’hui à 70 % de la population, ou plutôt à 10 % ?
Tout semble indiquer que ce noyau central, idéalement situé aux environs de 2 000 euros de salaire mensuel, doit faire face à un vrai malaise et connaît, comme par capillarité, la remontée de difficultés qui, jusqu’à présent, ne concernaient que les sans-diplôme, les non-qualifiés, les classes populaires. A la manière d’un sucre dressé au fond d’une tasse, la partie supérieure semble toujours indemne, mais l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine.
Est-ce inéluctable ? Ce diagnostic d’involution est-il fondé, ou n’est-il qu’une angoisse sans cause réelle ?
Des données diversifiées montreraient en France la stabilité remarquable des inégalités depuis vingt-cinq ans, et la relative homogénéité des classes moyennes, contrairement à ce qui se passe dans la majorité des autres pays développés, où les dynamiques sont claires et univoques. » In LOUIS CHAUVEL* : La Nouvelle Critique sociale, Seuil/Le Monde, 120 pages
§§§
Ainsi, lorsque la classe politique, notamment au sujet du financement du RSA, dénonce le ponctionnement qui sera fait sur l’épargne de la classe moyenne, il ne peut s’agir que de la classe moyenne supérieure ! La classe moyenne inférieure, depuis 20 ans, est de moins en moins en mesure d’investir dans les modes d’épargne ciblées par le financement du RSA !
Cela fait longtemps que les plans d’épargne logement, assurances vie et petits placement de sécurité ont été apurés pour payer la maison, les études des enfants, les soutenir pendant leur chômage…la somme moyenne dont disposent les constituants de la classe moyenne sur leur livret A ne dépasse pas 500 euros en moyenne, lorsqu’elle n’est pas de 10 euros….
La taxation prévue pour financer le RSA, en dehors du bouclier fiscale, s’adressera particulièrement à la classe moyenne supérieure car elle est la seule a avoir la possibilité d’effectuer des placement de ce type et a bénéficier de placements locatifs !
Les plus âgés de la classe moyenne inférieure qui sont propriétaires de leur logement ne seront pas impactés par le prélèvement sur les loyers ce qui sera malheureusement le cas de ceux qui louent leur logement, dés que le renouvellement des baux se produiront. Il conviendrait donc que lorsque l’examen de ce financement par nos assemblées, ils imposent que cette mesure ne joue pas sur les baux antérieurs à la promulgation de la loi !
On assiste donc bien à un nivellement de notre société par l’argent. Ceux qui, appartenant à la classe moyenne supérieure, pourront supporter la perte de revenu, que le financement du RSA va occasionner, garderont leur possibilités d’ascension sociale et ceux qui ne le pourront pas vont connaître, à leur tour, la spirale de descente dans les classe populaires. La structure de la société ressemblera à peu de choses prés à celle du milieu du 19° siècle !
 
*LOUIS CHAUVEL est sociologue, professeur des universités à Sciences Po Paris, membre de l’Institut universitaire de France et secrétaire général de l’Association européenne de sociologie. . Il a consacré de nombreux articles aux inégalités sociales, les classes sociales en France, aux évolutions de la forme de la pyramide des revenus (strobiloïde),à la recomposition des classes populaires, aux comparaisons de modèles sociaux, au rôle des Etats-providence dans les fluctuations du changement social et au suicide.
Son livre Le Destin des générations, structure sociale et cohortes en France au XXe siècle (PUF, 2002) est à l’origine du débat sur la fracture générationnelle
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§ 2 réponses à Qui est la classe moyenne ?

  • Alain dit :

    BJR Louise.  Bon article !
    – j\’avais commencé sérieusement à le lire..   Et puis, j\’ai dû donner des conseile ( modestement) à des personnes qui ont des pbs à résoudre…  bref..
     
    – Tu écris notamment :   "" Si la classe moyenne est sociologiquement et économiquement « en voie de disparition », elle est le stéréotype de "l\’idéal raisonnable", elle permet l\’accès à la consommation de masse sans avoir "la culpabilité de la classe possédante". Elle inspire des valeurs positives (ascension sociale par le travail) tandis que la classe bourgeoise est chargée d\’une symbolique plus négative (classe exploitante). Elle inspire des classes plus modestes qui peuvent consommer au dessus de leurs moyen et ainsi réaliser une ascension sociale symbolique. ""
     
    En effet, le terme "classe moyenne" est moins empreint de la notion "d\’exploitation" que le terme "bourgeoisie".
    J\’ose espérer que ces membres de la "classe moyenne" arrivent à "se maintenir la tête hors de l\’eau", en "faisant gaffe à leurs dépenses".  Exemple : pour un "cadre" (qui vend "sa force de travail" à une société X), il n\’a pas intérêt à avoir un "complexe de supériorité" mal placé..  car son avenir "presque joyeux" et "un peu égoïste" est il assuré pour longtemps ??

  • sohn frederic dit :

    Moi je n’ai pas fait d’étude, je suis ouvrier, je constate qu’il y a de plus en plus de classe moyenne au NPA, ou des cadre dans la CGT, d’ailleurs la plupart des délégué syndicaux, sont chef d’équipe ou cadre. Certain ce servent même des courants syndicales, pour évolué dans leurs société, c’est même souvent comme ça qu’il devienne responsable. Le fait de voir la classe moyenne ce syndiqué, et de vouloir entrainer les ouvriers à la grève pour leurs propre compte, montre bien leurs arrivistes.

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